Changement climatique : le nouveau rythme du vin

Voit-on venir la fin du petit blanc sec à siroter (avec modération) à l’apéritif ? Avec le changement climatique, sécheresse, canicule, mais également gels récurrents du printemps, la filière viticole explore de nouvelles solutions.


Tout d’abord, chassons un peu les idées reçues. Le taux d’alcool dans les vins augmente, oui. Mais le réchauffement climatique n’est pas le seul en cause. Les viticulteurs disposent désormais d’outils pour atteindre une meilleure homogénéité dans la maturité et ont mis en place des pratiques culturelles qui optimisent ce taux d’alcool dans le vin, notamment la recherche de la maturité phénolique : le goût des peaux et des pépins, qui donne au vin les tanins et les anthocyanes : le goût et la couleur.

Dans les régions à mono-cépages, comme l’Alsace, les marges de manœuvres sont réduites pour réduire le taux d’alcool dans le vin par rapport au bordelais, par exemple.

Mais. Les vendanges se font de plus en plus tôt. Mi-août pour les premières en France cette année. Avec des baies petites, donc, moins de rendement. Mais sans ce goût de fruits confits comme en 2003, lors de la première canicule du siècle. D’ailleurs, depuis cette date, les spécialistes surveillent ce taux d’alcool comme le lait sur le feu.


De l’azote et de la fraîcheur

Dans le sud-ouest, avec le jeu des assemblages, ce taux peut être ramené à 13,5 %. Mais dans les régions, Alsace, Bourgogne, qui pratiquent quasi exclusivement le mono cépage ? Les viticulteurs travaillent là sur l’encépagement, l’effeuillage… Et, partout, pour garder la fraîcheur, l’humidité (l’irrigation reste un tabou, surtout en appellation), les espaces entre les rangs sont de plus en plus souvent semés. Avec des féveroles, des céréales, parfois, histoire d’enrichir les sols en azote, de l’aérer, aussi. Et, les grandes chaleurs venues, les viticulteurs couchent ces herbes.


Partout en France, les vendanges ont démarré particulièrement tôt cette année.

Ce n’est pas le seul axe de réflexion des professionnels. Tous regardent vers des cépages plus résistants. Aux maladies, oïdium et mildiou en tête. Mais aussi à la chaleur. Du côté des indépendants, les viticulteurs ont de moins en moins de scrupules à sortir des appellations pour, justement, expérimenter ces nouveaux cépages. Comme ceux créés par l’Inra (Institut national de la recherche en agronomie), l’Artaban ou le Floreal, résistants au mildiou et à l’oïdium.



Les premiers résultats scientifiques menés sur des plants de vignes restés plusieurs mois dans l’espace montrent une plus grande résistance de leur part, notamment au stress hydrique.

La recherche va encore plus loin. En 2020, 320 plants de vigne sont partis dans l’espace, à bord de la Station spatiale internationale. Ils y ont passé 14 mois. Objectif ? Comparer leur comportement avec ceux restés ancrés au sol. Les premiers résultats sont jugés « enthousiasmants » par les professionnels. En effet, il apparaît que ces plants seraient plus résistants, notamment au stress hydrique, et que, « sous serre », ils se développent plus rapidement. Ces premières études sont à confirmer sur la durée, mais tout est mis en œuvre pour préserver sur le long terme ce petit vin blanc à boire sous les tonnelles.

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