Le temps long de l’évolution agricole

La sécheresse de l’été pèse sur les rendements des récoltes. Mais, comme une onde de choc, les répercussions se feront sentir jusqu’aux récoltes de 2023. Et bien au-delà…


« Les nouvelles prévisions de production de maïs par le service de la statistique et de la prospective au 1er septembre 2022 (publiées le 13/09) montrent une forte baisse de la production nationale à 11,3 Mt de maïs grain (- 1 Mt) soit -17,1% par rapport à une moyenne sur 5 ans et -25,4% par rapport à 2021. La plus mauvaise récolte depuis 1990 », indiquait, début octobre, le Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.



Une tendance qui se mesure sur l’ensemble des récoltes. Le maïs fourrage inquiète également avec une baisse de rendement de 17,5 % sur un an et 15,4 % par rapport à la moyenne 2017-2021 (source Ministère).




Modification des appellations


La production de lait est également affectée. Les effets vont bien au-delà de la production. Les fromages, en particuliers les appellations, sont particulièrement touchés. L’institut national de l’origine et de la qualité (INAO) traitent depuis cet été (hors vin) des demandes de plus en plus nombreuses pour adapter la production à la sécheresse, sans renoncer à la qualité. 14 demandes sur 19 concernent les fromages : durée de la pâture, origine de l’alimentation et sa nature. Le ministère estime que la moitié des fromages sous appellation pourrait être concernée. 18 demandes ont été acceptées.


Les Chambres d’agriculture ont également tiré la sonnette d’alarme, demandant que « le dispositif de calamités agricoles fonctionne vite […] Les éleveurs ne peuvent pas attendre le versement d’indemnités en juin prochain ». Il en est de même pour l’assurance récolte.




Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture a assuré que « pour soutenir l’élevage laitier », les indemnités seraient versées dès le mois de novembre.



Des restrictions d’eau dès l’automne ?


« Les temps de la transformation en agriculture sont longs », soulignait en septembre Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’Ecole polytechnique, connu pour son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique, membre, entre autres, du Haut conseil pour le climat. « L’agriculture partage une caractéristique avec le climat : pour qu’elle (re)devienne un sujet sérieux, il faudra arrêter de tout réduire à des indicateurs économiques, et revenir à des indicateurs physiques », écrivait-il ainsi dans un post sur le réseau social Linkedin. Pour lui, il est « urgent » de s’occuper d’agriculture.


Fin septembre, c’est le ministère de la transition écologique qui a lancé le premier chantier de planification écologique, à Marseille, autour de la gestion de l’eau. « Il y aura un avant et un après été 2022 », soulignait à cette occasion le ministre Christophe Béchu. 93 départements ont été contraints d’adopter des restrictions d’eau et 75 départements ont subi des situations de crise. L’agriculture a subi ces restrictions de plein fouet.

Pour préserver la ressource, le ministre évoque de possibles restrictions d’eau dès l’automne. Les mesures de ce premier chantier devraient être connues au plus tard tout début 2023.


24 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout